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Publié : 14 juin 2011

Maternelle et musée.

Est-il pertinent d’envisager une sensibilisation aux oeuvres d’art et au musée dès le plus jeune âge ? Outre le fait qu’elle peut "nourrir la curiosité dans la découverte du monde" (programmes 2008), qu’est-ce qui peut motiver une approche précoce ?

Favoriser la perception syncrétique.
 
Dans "Sensibiliser à l’art les tout-petits", Marie-Hélène Popelard explique la nécessité d’une confrontation précoce à l’oeuvre d’art.
Le très jeune enfant dispose d’une perception syncrétique des formes. Il les perçoit dans leur globalité plutôt que par les détails et ne fait pas la distinction entre forme et fond. Ce n’est que plus tard, vers l’âge de huit ans, qu’il développera d’autres facultés, plus analytiques. Ces dernières tendront à remplacer progressivement la vision syncrétique initiale.
Or celle-ci, à la fois libre et précise, est nécessaire pour appréhender une oeuvre dans toute sa complexité. (C’est cette même faculté que de nombreux artistes du 20ème siècle, de Picasso à Cy Twombly, en passant par Dubuffet, Klee, Miro, etc., chercheront à re-développer dans leur processus de création.)
Marie-Hélène Popelard suggère donc de la faire perdurer au côté des nouvelles facultés d’analyse qui se mettent en place durant cette période de l’enfance.
Comment ? En plaçant les enfants rapidement devant des oeuvres d’art, afin de solliciter leur capacité de perception avant que ne se mettent en place des stratégies plus analytiques. Donner à voir des tableaux, des sculptures (mais aussi à entendre des oeuvres musicales) ; parler et faire parler sur ces oeuvres, non pas en les étudiant d’une manière formelle mais en racontant des histoires (sur elles-même ou sur leur élaboration). Ces occasions de rencontres, ajoutées à un travail de production plastique en arts visuels où le geste garde toute sa spontanéité, peuvent alors permettre de "prolonger le plus longtemps possible cet état où la petite enfance oscillant encore entre deux types d’attention et deux formes de partage du sensible, ouvre une voie originale et exigeante à la réflexion esthétique."
 
Approche pédagogique du musée.
 
Une fois admise la nécessité de mener les enfants au-devant d’oeuvres d’art, il reste que les musées n’offrent pas tous des collections adaptées au très jeune public. C’est d’autant plus vrai si la structure est petite et centrée sur une thématique particulière. Il est néanmoins possible, moyennant une bonne préparation et un parti-pris initial bien précis, d’envisager cette venue au musée autrement que comme une simple découverte de la ressource culturelle locale.
On serait tenté de dire que, quelle que soit l’exposition présentée aux élèves, le plus important est de les sensibiliser au plus tôt à leur futur statut d’"amateur éclairé", suivant l’expression consacrée dans le texte "Organisation de l’enseignement de l’histoire des arts". Il faut toutefois veiller à donner du sens à ce que l’on montre, et plus particulièrement au lieu vers lequel on se propose de les mener. Si le musée crée aisément une résonance chez l’enfant habitué par son milieu familial à une telle fréquentation, il risque de ne produire aucun écho durable chez celui pour qui ce n’est pas l’environnement familier. Il est donc nécessaire que les élèves comprennent le sens et la fonction du lieu qu’ils découvrent.
A quoi sert un musée ? Quels objets y trouve-t-on ? Quelle est leur nature ?
Telles sont les questions que l’on devra aborder plus ou moins directement si l’on veut apporter une intensité durable à la rencontre élèves/musée.
 
Expérience de l’école maternelle de Martizay : Visite du musée archéologique de Martizay.
Les enseignantes de l’école maternelle de Martizay (36) ont monté le projet de rencontre avec le musée local consacré aux découvertes préhistoriques et gallo-romaines faites sur la commune. (site du musée archéologique de Martizay)
 
Deux difficultés se présentent très rapidement :
 
- Aborder l’Histoire (très) lointaine avec des enfants de maternelle dont la perception du passé ne va guère au-delà de leur propre histoire.
 
- Présenter des collections constituées essentiellement de fragments issus de fouilles. "Il y a des cailloux dans la vitrine" : telle fut la première réaction d’un élève de petite section à l’issue de la visite du musée.
 
Ces deux points qui posent problème, et qui sont pourtant l’essence même du musée, vont déboucher sur deux grands objectifs :
 
1 -Travailler sur les notions de temps qui passe, de l’action de celui-ci sur les objets, de souvenir, de conservation.

 

-Evolution d’un objet à travers les époques : à partir de clés, jouets, outils...

clé gallo-romaine, collection de clés récentes et anciennes : persistance et évolution des formes des objets usuels à travers les âges.

Vieux jouets : que fait-on d’un vieux jouet ?... deux options : on le jette, ou - plus intéressant - on le conserve dans un carton à la cave ou au grenier (pour le ressortir plus tard),... ou au musée (on peut toujours le voir).

-Conserver l’objet ou son image : par l’empreinte, la trace frottée, le moulage dans de la pâte à modeler, le dessin, la photo, les élèves prennent possession de l’objet... ou de son souvenir.

 
-Vivre l’expérience du temps sur un objet :
Transformer un objet, l’enterrer dans le sol pour observer l’effet du temps et des éléments naturels.
Enfouissement  : les enfants enterrent leur dessin de doudou.
Fouille1, fouille2, fouille3 : au bout d’une semaine, ils font une fouille pour exhumer leurs feuilles et observent les transformations.
 
 
 
2 - Faire prendre conscience de la valeur symbolique de l’objet placé au musée (différent de l’objet courant).

Qu’est-ce qu’une oeuvre d’art ? Qu’est-ce qu’un objet à valeur historique ?

L’objet exposé est porteur d’une charge symbolique (artistique et/ou historique) qui en fait un objet d’exception. Il se démarque des autres artefacts par la volonté de celui qui l’expose, mais aussi de celui qui le regarde et l’accepte en tant que tel (cf les ready-made de Marcel Duchamp).

- La valeur affective de l’objet, abordée dans l’histoire personnelle de l’enfant par le biais du "doudou". Celui-ci, comme l’oeuvre d’art ou la pièce archéologique, est unique et irremplaçable. D’où le souci de préservation et de conservation, et le lien très fort entre l’objet et l’individu.

Les enfants doivent reconnaître leur doudou : doudou1, doudou2, puis le dessinent. Le dessin sera ensuite enterré. (voir plus haut)

 L’élève est invité(e) à apporter une photo familiale, ainsi qu’un objet qui lui est propre (une pièce de vêtement). Ces deux objets sont ensuite intégrés dans une production plastique destinée à représenter l’enfant.

 
-Faire une collection.

-Agir sur l’objet pour le transformer.

 L’objet archéologique est usé, cassé, terreux, poussiéreux, rouillé, marron... puisque retrouvé dans le sol. Que retrouverait un archéologue en fouillant l’école "dans très, très longtemps" ?

Transformer des objets du quotidien, les vieillir artificiellement pour les faire passer du statut d’utilitaire au statut d’objet d’art.

Les élèves recouvrent les objets avec de l’argile liquide en insérant des poudres d’ocre, du sable... Mélange, objet1, objet2, objet3.
 
Ateliers Mosaïque et Poterie

Parallèlement à cette approche sensible des spécificités des musées et des oeuvres d’art, les enseignantes ont travaillé en étroite collaboration avec le service éducatif du musée de Martizay. Deux cycles de travail, correspondant aux ressources du musée, ont été organisés : l’un sur la mosaïque, l’autre sur la poterie. Le musée dispose en effet d’un très grand nombres de tesselles de mosaïque et de fragments de céramique issus des fouilles d’une villa gallo-romaine. Chacun de ces cycles a donné lieu à un travail d’atelier au musée et à des séances de production en classe.
L’ensemble de ces travaux sera exposé en fin d’année scolaire dans l’école transformée pour l’occasion en musée ouvert sur l’extérieur.
 
Albums :
 
Pour conclure...
 
La fréquentation d’un musée (ou de tout autre structure culturelle) permet une première sensibilisation au domaine artistique et aux lieux qui lui sont dédiés. Son intérêt réside dans le sens que l’on va pouvoir donner à ces lieux et à leurs collections. En plaçant les enfants en situation de questionnement face à la nature de l’oeuvre d’art et au rôle du musée, on donnera une authenticité à cette rencontre et on assurera ainsi une base solide à la construction de leur culture personnelle.

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